07.11.2011
Et si Genève, comme New York, devenait une "ville globale" ?
Me voici de retour d'un court séjour de 72 heures à New York, où je participais, aux côtés d'une vingtaine d'autres villes, à une conférence axée sur la promotion de l'innovation et les relations entre secteurs public et privé. J'y étais accompagné des patrons de deux grosses entreprises différentes mais représentatives du tissu économique genevois : Migros et Procter & Gamble.
Comme moi, ils ont été impressionnés par la diversité des projets de start-up dans les domaines social et environnemental qui nous ont été présentés, à travers lesquels des grandes sociétés font confiance à des projets a priori très éloignés de la « grande économie ».
Par exemple en mettant à disposition de femmes migrantes très peu qualifiées la formation et l'infrastructure nécessaires pour produire et vendre du pain dans des sandwicheries de la ville, répondant ainsi parfaitement à la demande. Ou encore dans le domaine du web, où un entrepreneur - d'ailleurs passé par Genève dans le cadre de sa formation scolaire - a réussi à monter un site d'échange d'objets et d'informations en ligne qui emploie plusieurs centaines de personnes. Et puis nous avons surtout été frappés par la simplicité des démarches et la facilité déconcertante à démarrer une activité économique : en cinq jours maximum, toutes les formalités sont bouclées !
La stratégie new yorkaise en matière de partenariats public - privé est également intéressante, car elle intègre systématiquement une dimension universitaire dans les partenariats. Le concept du maire Michael Bloomberg est celui de la « ville globale », à savoir celui d'une cité qui agit comme plateforme et comme impulsion pour mettre en relation des entreprises existantes soucieuses de se renouveler et des entités publiques telles les hautes écoles et autres universités désireuses de trouver des débouchés nouveaux pour leurs étudiants, mais surtout capables d'anticiper les grandes tendances technologiques à venir.
Nous le faisons aussi dans la région lémanique, mais encore très timidement et sans l'équivalent de l'échelon politique fort et unique qu'est la Municipalité de New York. En fait, bien que nous disposions d'un potentiel extraordinaire en termes de savoir-faire et d'équipements, nous ne valorisons pas assez la prise de risque dans les partenariats, notamment au niveau fiscal, et la multitude des acteurs institutionnels n'est plus adaptée pour régater face à des régions qui s'unissent et mettent les grands moyens pour offrir des conditions-cadre optimales.
Le problème est aussi que nous avons encore trop souvent une vision très utilitariste de l'innovation technologique lorsque nous parlons de partenariats publics-privés. Vu les coûts élevés de la main d'œuvre en Europe, nous sommes naturellement enclins à investir dans la technologie pour gagner en productivité et diminuer les charges des sociétés. Mais cette approche est à courte vue et elle nous détourne de la vraie valeur de l'innovation et contribue au final à atrophier notre économie. A New York, au contraire, la plupart des partenariats visent à la création de nouveaux jobs, parfois peu durables, mais assurément positifs pour rebondir ensuite. Ce type de projet ne débouche certes sur « rien » neuf fois sur dix. Mais quel succès dans le dixième cas !
Genève a tout pour elle. Le maire de New York me confiait d'ailleurs comme un « petit bijou », toujours à l'avant-garde. Ne reste plus maintenant qu'à lui insuffler une dose supplémentaire de goût du risque pour la transformer en véritable « ville globale » !
Pierre Maudet | pierremaudet.ch
14:50 Publié dans Air du temps, Economie, Genève | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
| Tags : genève, new york, innovation, partenariats public - privé |
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Commentaires
Félicitation Monsieur le Maire ....
Ecrit par : Demir SÖNMEZ | 07.11.2011
Cher Pierre,
Je trouve ton article fort intéressant.
Il y a une phrase dans ton texte qui me fait penser aussi à d'autres villes du continent sud-américains qui elles, je pense par exemple à de grandes cités au Brésil, qui ont exploré et redonné des lettres de noblesse à des petits boulots. Par exemple, des gardiens de parkings, parfois des hommes et des femmes peu formées mais qui ont retrouvé une certaine forme de dignité.
Genève, a tout pour bien faire, mais il manque certainement le goût du risque, de l'audace (un mot qui m'est cher), une ville qui avec des HES peut innover dans toutes sortes de domaines (médicaux, artistiques, etc).
Je sais que tu es capable de donner cette impulsion à notre Ville, que tu en as la force et le talent, alors fonce !!!
Béatrice FUCHS
Ecrit par : beatrice fuchs | 07.11.2011
Cher Monsieur Maudet !
Votre idée de ville "globale" à la New Yorkaise est certainement bonne, mais vous oubliez que les genevois n'ont pas, et PAS DU TOUT la mentalité américaine ou new yorkaise.
L'assistanat est beaucoup moins répandu aux Etats-Unis que chez nous, donc les gens là-bas ont envie et sont obligés de se lancer, de prendre des risques.....juste pour survivre !
Et cela commence déjà dans les écoles.... aux "States" aucun élève ne pourra jamais faire un 10ème degré 3-4 fois (dans des écoles différentes) payé par l'Etat, comme c´est le cas ici. Les gens doivent se débrouiller et beaucoup sont d'accord de le faire, renoncent à leurs vacances (de toute façon presque inexistantes aux USA) et travaillent jours et nuits pour réussir.
Si vous arrivez à changer cette mentalité d'assisté qui a pris le dessus particulièrement ici á Genève, BRAVO !
Et alors, une ville "globale" pourra voir le jour, même à Genève !
Ecrit par : Marion Garcia-Bedetti | 07.11.2011
Eh ben, il faudra de sacrées frontières et beaucoup de James Bond !!!
Ecrit par : Corto | 07.11.2011
C'est beau ! Tant de jargon technico-libéral, qui semble directement recopié d'une brochure publicitaire produit par les services communication de la maie de la big apple. Le plus beau restant quand même le "[...] nous ne valorisons pas assez la prise de risque dans les partenariats, notamment au niveau fiscal, et la multitude des acteurs institutionnels n'est plus adaptée pour régater face à des régions qui s'unissent et mettent les grands moyens pour offrir des conditions-cadre optimales." qui restera dans les annales et devrait figurer dans les statuts du PLR. Ahh, la prise de risque dans les partenariats fiscaux, de la belle novlangue pour dire « forfait fiscal », concurrence fiscale entre-cantons (2) et « diminution de la progressivité de l’impôt » !
Bref, un doux rêve du PLR qui continue à voir dans le modèle américain, pays champions toute catégorie des inégalités, du pouvoir des grandes entreprises qui noyautent le processus démocratique et de l’absence d’assurance maladie universelle, un modèle pour la suisse.
La réalité est tout autre : Genève est de taille infime en comparaison de NY, et l'idéologie du PLR - qui fait de la cupidité et de l'égoïsme le socle moral (1) proposé comme modèle de société - , si on regarde les "grands" succès de ce parti récemment, fait de moins en moins recette dans ce pays, heureusement.
* (1) Ah, le fameux équilibre de Pareto, point indépassable, mais inégalitaire de la société, qui est le simple jeu du laisser-faire des égoïsmes individuels et du jeux du marché !
* (2) Que la théorie économique néo-classique pointe du doigt comme nuisibles d’ailleurs, mais oublions ce détails.
http://fr.reddit.com/r/genferei/comments/m4o6x/comment/c2y265h
Ecrit par : djinus | 08.11.2011
Rassurez-vous, je n'ai pas eu besoin de l'aide des service de communication de la Mairie de New York pour produire ce modeste billet.
Dans lequel je défends l'idée ( totalement folle, je vous l'accorde) que l'on puisse encourager fiscalement des PME qui prennent des risques entrepreneuriaux débouchant sur la création d'emplois. Et où je considère que les démarches administratives touchant les PME en question sont trop lourdes et comportent trop de strates communales, cantonales et fédérales, ceci à l'heure où l'on doit penser à une échelle plus large (autre réflexion totalement avant-gardiste, je vous le concède).
Loin de moi ensuite l'idée d'ériger le modèle américain en exemple absolu. Je relève simplement quelques points positifs en matière de création d'entreprises et d'innovation dont nous pourrions nous inspirer.
Quant au socle de valeurs sur lesquelles le PLR se repose à vos yeux, je vous laisse réviser quelques classiques d'histoire politique suisse et genevoise, avec une attention particulière pour le chapitre concernant un certain James F.
Pour le reste, j'avoue m'être quelque peu perdu dans votre "jargon technico-libéral". Chacun son tour, me direz-vous. ;)
Ecrit par : Pierre Maudet | 08.11.2011
Donc, ce n'est pas demain que le bancaire Suisse investira en Suisse !!!
Ecrit par : Corto | 08.11.2011
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